Actualité du 19.09.2016

Conseil général, 19 septembre 2016, message n° 6, crédit d’étude agrandissement Vignettaz – Intervention de Claude Schenker

claude-schenker

le Président, Mmes et MM. les Conseillers communaux, chers Collègues,

Quelques mètres carrés de terre battue ou de boue, plantés d’une dizaine d’arbres chétifs, parsemés de petites pierres peintes par une précédente génération, d’une passerelle de bois usée et d’un grillage sur mur. Vous aurez peut-être reconnu le seul espace de jeu non goudronné de l’école primaire de la Vignettaz, guère digne aujourd’hui déjà d’une cour de récréation. On peut oublier le bâtiment C de 1977, dont on apprend qu’il est protégé par recensement de catégorie A. Tout comme seraient protégés les aménagements de sa place de jeu alors que tous y voient un mini terrain vague; c’est du n’importe quoi, mais passons !

Car voici qu’on nous soumet un beau projet, dont les qualités architecturales ne sont pas mises en doute. Toutefois – exiguïté de la parcelle oblige – ce projet empiète sur la cour goudronnée et supprime en outre la totalité du seul coin de jeu et de presque verdure. On nous annonce qu’au sud une poignée de garages et un jardin privé deviendraient petit parc public, mais sans aucune promesse d’accès, surtout pas pour les récréations des enfants; un tel espace public ne s’y prête d’ailleurs pas. Durant les 2 ans de la construction en 2017 et 2018, les écoliers de la Vignettaz auront du bruit constamment et seront privés de cour de récréation, puis dès 2019, une place bien plus petite, bien trop petite.

1) Pour combien d’enfants ? Le message ne donnait pas de nombres totaux. C’est là une première grosse lacune de ce message, heureusement comblée ce soir. Le responsable d’établissement, dans son mot de présentation de la brochure d’école de cette année, affirme qu’à la présente rentrée ce sont déjà 710 enfants qui fréquentent l’école à la Vignettaz. Il ajoute qu’il y en aura environ 800 en 2019, mais que ce nombre n’inclut pas les développements attendus, comme à Beaumont, à la route de la Glâne et sur la parcelle Swisscom. J’avais fait ensuite moi-même le calcul que l’on vient de me confirmer ce soir: si l’on compte les 3 pavillons qui seront ajoutés d’ici la rentrée 2017 sur les 5 existants – là aussi c’est le responsable d’établissement qui me l’avait confirmé dans la brochure d’école avant que je ne l’entende ce soir – et si l’on compte les 16 classes du présent projet, il y aura 19 classes supplémentaires à la Vignettaz, soit environ 400 enfants de plus. Si on les ajoute aux 710 écoliers actuels, cela fait effectivement plus de 1’100 enfants ! J’espérais exagérer un peu, mais on vient de me confirmer ce soir que ces chiffres sont exacts.

2) Mesdames et Messieurs les Conseillers communaux, est-ce bien sérieux ? Plus de 2’000 genoux potentiellement ensanglantés sur le goudron de la cour de la Vignettaz devenue toute menue, puisqu’engloutie au sud par le nouveau bâtiment, déjà mangée à l’est par 8 pavillons ou alors plus tard privée de son terrain de basket à l’ouest pour la 2e étape. D’autres villes gèrent cela bien différemment, en limitant les écoles ou les sites scolaires primaires à si possible 150 ou 300. Tenez, Sion, 33’000 habitants, 16 sites scolaires primaires; Delémont 12’000 habitants, les 1’030 élèves du primaire sont répartis sur 10 sites ! Il en va aussi de l’attrait d’une ville, pour les familles et même pour les entreprises. Cherchez l’erreur à Fribourg: le tiers de la ville et ses 1’100 bambins se retrouveraient coincés sur un seul site scolaire presque dépourvu de places de jeu.

Imaginez-moi ces récréations ! Une promiscuité et un bruit avoisinant ceux des concerts du soir au Paléo ! Même avec des récréations échelonnées, perturbant par ailleurs les leçons du reste de l’école, les pauses resteraient fourmilières, organisation et discipline en moins bien sûr. Imaginez-moi ces sorties d’école, où je cherche mon bambin de 4 ou 5 ans, comme on cherche une aiguille dans une botte de foin. L’image est à peine exagérée. Je ne plaisante donc pas. Le problème est trop sérieux.

Pourquoi le Conseil communal n’a-t-il pas exigé une plus saine densification, préservant les espaces, vitaux pour des enfants de cet âge ! Pas de réflexion ni avec ni au-delà de la place multisport de Beaumont ! Pas de réflexion sur les cheminements, les rues adjacentes, le stationnement, l’intégration au quartier, dont la cour de la Vignettaz est un cœur ! C’est en fait là le deuxième gros défaut du message: alors qu’on veut caser plus de 1’000 enfants, il n’y a pas de concept, juste le largage d’un, puis deux, nouveaux immenses bâtiments sur les espaces de jeu d’une école déjà gigantesque aujourd’hui. On en vient à suggérer et à espérer que la ville profitera pour faire quelques retouches à son PAL, avant la mise à l’enquête définitive, concernant ses écoles primaires.

Y a-t-il eu d’ailleurs prise de langue préalable avec le canton, pour un tel nombre d’enfants ? Si la commune est certes responsable des bâtiments, les subventions cantonales et les salaires des responsables d’établissements sont-ils octroyés sans que le canton n’ait son mot à dire notamment sur une telle concentration ? Alors que l’on sait que même pour des CO, on vise plutôt les 500 à 600 élèves.

3) Car voici le troisième défaut de ce message, peut-être le plus important: le manque de réflexion sur l’implantation des bâtiments scolaires aux alentours et même dans une bonne partie de la ville. D’une part on vient de construire au prix fort – mais trop petit – au Schoenberg et à Pérolles. D’autre part on veut construire bientôt à la Neuveville, toujours au prix fort mais pour des besoins pas totalement avérés.

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Oh, là je dois ouvrir une parenthèse pour vous rassurer: notre groupe ne va pas refuser ce crédit, il le votera car il est conscient des besoins et d’une certaine urgence. Mais ce n’est pas sans exiger, avant qu’il ne vote un crédit de construction, que le CC ne fonce pas la tête baissée dans cet unique projet, pas sans exiger que le CC livre une réflexion poussée et des alternatives essentiellement sur l’implantation des sites scolaires en ville. Fermé la parenthèse!

)

Notre groupe constate donc qu’il manque sérieusement une réflexion sur les lieux des nouvelles filières nécessaires. On se demande bien ce qu’a pu être cette «étude élargie sur l’ensemble de la ville» dont le CC se fait fort en p. 3 du message. Il nous semble plutôt qu’on veut maintenant caser dans l’urgence, sur un seul site déjà exigu, les 2 ou 3 nouvelles filières nécessaires. Et tout cela au prix le plus fort à nouveau, puisqu’il est question de 25 mios pour la première étape, puis de 12 mios pour la seconde, pour atteindre 37 mios, comme le prévoit le plan financier.

Nous devrions traiter, probablement demain soir, du postulat n° 3 que j’ai déposé au mois de mai avec 40 co-signataires issus de tous les groupes de notre Conseil et qui, dans le but aussi de décharger le site de la Vignettaz des écoliers de notamment Beauregard, Gambach et Guintzet, demande d’étudier la création d’une filière ou plus entre les av.de Beauregard et de Weck-Reynold. Et il y a très fort à parier que la création d’une ou deux filières à cet endroit serait envisageable pour des montants considérablement plus modestes que les présents projets à la Vignettaz. Notre postulat cite le bâtiment de l’école libre publique à l’angle Gambach/Ecoles/av. de l’Europe; ce bâtiment est libre d’écoliers dès cette rentrée 2016 et il est actuellement loué à l’Etat. Le postulat demande sinon ce qu’il en est du site de Jolimont et de son petit parking (j’étais moi-même à l’école il y a 38 ans dans un pavillon posé sur ce parking); le postulat questionne sur de nombreux autres immeubles sous-occupés tels que le Salésianum ou encore les bâtiments ou terrains de la paroisse St-Pierre et des Srs de St-Pierre Canisius idéalement situés entre gare, Beauregard et Jolimont.

On nous répond déjà que les besoins devraient se développer plus vers la Fonderie que vers Beauregard. C’est à voir bien sûr, et si tel est vraiment le cas il faut étudier la construction d’une école à la Fonderie. Mais il ne faut pas oublier non plus que le quartier Places/gare/Pilettes/Arsenaux est lui aussi très prometteur et qu’il est bien plus proche de Beauregard que de la Vignettaz. Enfin, quoi qu’il en soit, une école vers Jolimont libérerait la Vignettaz des enfants de Bertigny, Gambach-Guintzet et Beauregard. Avec les alentours immédiats, Monséjour, Richemond, gare et Pilettes p.ex., selon l’emplacement retenu, il y en aurait certainement pour deux filières au moins, aujourd’hui comme demain. Je reviendrai à ce postulat lors du débat de transmission, mais il me paraissait indispensable de l’évoquer dès maintenant. Alors étudions vraiment avant de dépenser 37 mios pour concentrer plus de 1’000 enfants sur un site qui n’en peut décemment contenir autant !

4) En lien avec ce problème d’implantation – et c’est le 4e gros défaut du présent message auquel je dois m’arrêter également – il n’y a pas de réflexion non plus du point de vue des enfants, de leur bien-être à l’école, et surtout de leur santé et de leur sécurité. Comment assurer cette sécurité pour 1’000 enfants sur un même site ? 1’000 enfants à la Vignettaz, ce sont notamment plusieurs centaines d’enfants – de 4 à 12 ans je le rappelle – qui vont devoir traverser 4x par jour, en de nombreux endroits, les artères de l’av. de Beauregard/rte de Villars d’une part et de l’av. du Midi/rte de la Glâne d’autre part. Comment la ville va-t-elle assurer la sécurité des enfants sur ces artères, où les modérations de trafic et autres limitations ne sont guère possibles du fait de la qualification des routes selon le PAL ? Il n’y a même plus de patrouilleurs !

Je terminerai en pensant encore aux enfants, d’autres grands absents du message. Et je cite pour cela de nouveau le responsable d’établissement de la Vignettaz, qui conclut son mot de présentation de la brochure d’école en disant ceci: «…ce grand nombre d’élèves que nous allons accueillir sur le site pourrait provoquer une augmentation des problèmes comportementaux. Ces derniers sont inévitables…».

Mesdames et Messieurs les Conseillers communaux, ne lui en voulez pas et j’aimerais tant moi aussi qu’il exagère. Je suis cependant sûr du contraire. De tels problèmes sont programmés et ils seraient normaux. Même si, par impossible, un seul de ces 1’000 enfants développait de tels problèmes comportementaux, il vaudrait la peine de tout faire pour les éviter.

Je ne me prénomme pas Marc, ni bien sûr Antoinette ou Andrea, mais si j’étais à leur place c’est dès demain – si, si, ce n’est pas une image, je parle bien de demain le 20 septembre 2016 – demain donc et avant même de dépenser le premier franc de ces 2’250’000 que je prendrais des contacts pour d’autres implantations, que ce soit avec le propriétaire de Ecole libre publique en vue des toutes prochaines rentrées ou que ce soit avec les communautés religieuses, paroisses, canton ou autres propriétaires, en vue de 2019 déjà, ou à tout le moins pour éviter que la 2e étape soit envisagée uniquement à la Vignettaz.

Je ne crois pas que les préoccupations de notre groupe, qui sont aussi celles du quartier, des enseignants et des parents d’ailleurs, soient si farfelues. Ce soir vous aurez votre crédit d’étude. Notre groupe le votera et c’est presque un blanc-seing. Mais nous plaçons beaucoup d’espoir et de confiance en la nouvelle équipe du CC. Notre groupe ne va même pas proposer d’amender l’arrêté pour y mettre quelque condition. Mais exactement en même temps que ce crédit, vous aurez aussi la responsabilité de tout tenter pour faire mieux.

Merci pour votre attention !